Spontanément, 53% des Béarnais déclarant connaître au moins quelques éléments de la langue ancestrale, disent parler le béarnais. 22% disent parler l’occitan, 16% le patois, 5% le gascon. En fait, ces quatre termes désignent strictement la même chose : la même langue.
Mais la vaste enquête sociolinguistique (6000 Aquitains interrogés) dont les résultats ont été révélés hier, à l’Hôtel de région, à Bordeaux, montre que quelle que soit la façon dont elle est désignée (voire écrite), la « lenga noste » (ou « nouste » si l’on veut…) reste chère au cœur des habitants de la région. 17% des Aquitains s’y disent très attachés (20% en Béarn et Gascogne maritime) et 30% plutôt attachés (32%). Naturellement la proportion augmente (73% de très ou plutôt attachés) parmi les gens qui disent posséder la langue.
Sur le fond, l’enquête révèle que les locuteurs représentent autour de 10% de
OCCITANS QUAND MÊME… Les enquêteurs ont redoublé d’efforts dans le département puisqu’ils y ont doublé l’échantillonnage (2000 questionnaires). Localement, les chiffres ne manqueront pas d’être décortiqués par les différentes obédiences culturo-linguistiques, plus que jamais à couteaux tirés. Même s’ils traduisent des réalités un peu complexes. Ainsi, dans nos Pyrénées-Atlantiques, dire qu’on parle le béarnais n’empêche pas de considérer (62%) que cette langue, même avec ses particularités, peut être rattachée à l’occitan. Les chiffres peuvent même être facétieux : ils renvoient dos à dos les locuteurs occitans se déclarant tels (14%) et ceux pour qui le béarnais ou patois « est une langue bien distincte de ce qu’on appelle l’occitan ».
Pour René Ricarrère, président de l’Amassada (1), qui en est à l’initiative, cette enquête lourde va donner du grain à moudre aux politiques publiques. Car un vrai consensus (82%) se dégage en faveur d’actions « pour maintenir ou développer la langue occitane » en Aquitaine. En étoffer l’offre culturelle (81%). En développer l’enseignement dans les écoles (79%). En renforcer la présence dans les médias (68%). « Elle va être un outil solide, comme l’a été celle pour le basque, pour la reconquête, la reconnaissance, voire le printemps de la ‘’lenga’’. La dernière enquête, moins complète, remontait à une douzaine d’années ».
L’ancien maire d’Orthez retient « que les gens sont en attente ». Et qu’il y a en outre « une persistance forte du parler et de la compréhension de la langue ». Citant Alain Viau, chercheur au CNRS, il souligne aussi que le vocable « occitan » a progressé, ce au préjudice de « patois ». Quant à l’exception béarnaise : « C’est la force du Béarn et de son identité. Henri IV…, tout ce qui touche à son histoire. Ce qui est significatif, c’est que « patois » est en train de s’effacer ».
Et à juste titre si l’on veut bien considérer qu’un « patois » est l’altération d’une vraie langue. Or le béarnais ne « dérive »pas du français, qu’il a précédé de plusieurs siècles, y compris dans les actes officiels… devath lo bèth cèu deu Biarn (2).
(1) Conseil de développement de la langue occitane en Aquitaine
(2) "Sous le beau ciel du Béarn"
Auteur : Thomas Longue
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