
En caractères blancs sur fond noir, la banderole tenue par des jeunettes en fleur proclame sur toute la largeur de la rue Henri-IV : « Perdèr la lenga qu'ei perdèr lo país ». Sur le trottoir, une dame pincée qui fait les boutiques chics lâche à sa fille : « Je ne parle pas le béarnais, mais ça, je comprends ce que ça veut dire... »
Quelques instants plus tôt, rue Foch, Jean-François Tisner s'était fait alpaguer affectueusement par une mamie : « Tè ! C'est pour le patois ? », tirant un sourire au chef de file du collectif (50 associations), appelé La Crida.
C'était plus difficile que de se faire entendre : le gros millier de manifestants en faveur de l'occitan du Béarn a su se faire comprendre, hier après-midi, dans les rues de Pau. À la faveur d'un parcours que jalonnaient cinq courtes prises de parole chacune suivie d'un « calhavari » (charivari).
Devant les institutions
À l'Inspection d'académie : « C'est ici que tout marche au ralenti pour l'enseignement de notre langue ». Devant la Caisse d'allocations familiales : « Quand on parle de créer [...] des crèches bilingues où notre langue aura sa place, la CAF fait tout pour décourager ceux qui portent ces projets ».
Préfecture, Parlement de Navarre, « où sont les panneaux bilingues promis sur les routes ? ». Mais c'est devant la mairie de Pau, « est-ce que la capitale du Béarn aurait honte de son pays et de sa langue ? », qu'a tambouriné le « calhavari » le plus retentissant.
Annoncée un temps à la manif, la députée-maire Martine Lignières-Cassou, aura finalement préféré « recevoir à sa demande » une délégation.
François Bayrou, lui, était bien présent parmi le cortège. Tout comme Jo Labazée, le patron du groupe de la gauche au Conseil général, ainsi que René Ricarrère (PS), l'infatigable animateur de l'Amassada au Conseil régional. Aussi discrètement, d'autres élus s'étaient joints aux protestataires. Tels Jean-Yves Lalanne, maire de Billère, Margot Triep, conseillère générale de Billère, Hélène Lerou-Pourqué, adjointe communiste à la culture, à Pau, etc.
« Que volem, que podem »
« Ce qui me surprend, notait l'écrivain Sèrgi Javaloyes, c'est le nombre de jeunes. » Les « générations Calandreta » montées en graine. Le mouvement des écoles bilingues aura aussi puissamment mobilisé ses jeunes parents, et moins jeunes bénévoles.
Mille manifestants occitanistes, c'était comme un gros village en marche. Une quête du pays où tout le monde reconnaissait un Joan de Nadau à béret, sans lui bouffer l'oxygène comme à une pop star. Pêle-mêle, des associatifs rangés, des créatifs aux longs tifs, des cautions de la langue et ceux qui lui donnent des ailes... par leur plume ou en chansons. Aux escales, ils scandaient « que volem, que podem » (nous voulons, nous pouvons). Mille hirondelles pour le printemps de la langue... Bèth monde que n'i avè, totun !
Auteur : Thomas Longué
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